Nora, notre contemporaine
La Nora de Stéphane Braunschweig est notre contemporaine. Avec Une maison de poupée, il nous montre le parcours d’une jeune femme qui découvre l’inconsistance des idées sur lesquelles reposait sa vie et qui fait courageusement le choix de la liberté et de la solitude au terme d’une série d’épreuves qui scellent son entrée dans l’âge adulte.
Cette vision généreuse du personnage ne manque pas de charme mais ne convainc pas totalement. La Nora qui nous est proposée souffre d’avoir la partie un peu trop facile face au fantoche de mari dont elle est flanquée. On se prend à penser qu’il ne doit pas être bien difficile de quitter un tel homme. Et à vaincre sans péril on triomphe sans gloire… Le mariage bourgeois que défend celui dont elle se sépare paraît alors plus ridicule que haïssable. L’économie du sacrifice que la jeune femme oppose au conformisme de son mari (sacrifice des époux l’un pour l’autre d’abord, puis renoncement final à l’homme aimé autrefois ainsi qu’aux enfants du couple) en est faussée. Et la démesure qui habite la radicalité des exigences et du geste de Nora n’est plus perceptible. Quand Nora se dresse sur le seuil du logis qu’elle quitte, parée comme il se doit des couleurs de l’espoir, elle cesse d’être une énigme et se transforme en icône des valeurs de notre temps. La Nora d’Ibsen était autrement déroutante, qui nous faisait découvrir une Médée sous le masque d’Emma Bovary.
Pourtant, ce qu’a d’un peu stéréotypé la conclusion de la pièce présentée à la Colline n’en rend que plus poignant le couple formé par cet ange triste qu’est Mme Linde (formidable Bénédicte Cerruti) et le pathétique Krogstad. La réconciliation de ces êtres brisés par la vie dessine une autre idée de la lucidité à laquelle nous invite Une Maison de Poupée, moins exaltante et plus exigeante, mais probablement tout aussi fragile que celle incarnée par Nora.
Peut-être était-ce l’intention véritable du metteur en scène.
Arnaud Le Moing
Participant à l’atelier de critique théâtrale autour du spectacle « Une maison de poupée » samedi 28 novembre 2009