Une maison de paille

Publié le par Théâtre National de la Colline


© Elisabeth Carecchio


C’est sur un espace presque vide, occupé seulement par un grand lit, un fauteuil à bascule et une chaise, délimité par des murs et un sol uniformément blancs, que s’ouvre le rideau de « Une maison de poupée » d’Ibsen, dans la mise en scène de Stéphane Braunschweig à la Colline cet automne. Un parti pris de modernité ; rien, ni dans les décors ni dans les costumes, ne rappelle la fin du dix-neuvième siècle ou la Norvège, pays natal d’Ibsen. C’est dans cet intérieur dépouillé, évoquant une cellule plus qu’un intérieur bourgeois, où seul le radiateur accolé à l’un des murs pourrait évoquer la chaleur – artificielle - d’un foyer, que l’ensemble du drame va se dérouler. Artifices, illusions, c’est ce à quoi les personnages de « Une maison de poupée » sont confrontés : illusions de l’amour, de la possession, du pouvoir. Dans la lecture de la pièce qui nous est proposée par Stéphane Braunschweig, Nora et Torvald Helmer sont prisonniers du même monde, clos par des murs dont la hauteur introduit la dimension tragique. Certes, à l’intérieur de cet univers, Torvald, l’époux, dispose de son cabinet de travail dans lequel il peut s’isoler et se soustraire à l’agitation domestique, recevoir des visiteurs ou étudier ses dossiers. Alors que Nora est sans cesse exposée aux regards et aux jugements. Mais  l’un comme l’autre sont prisonniers des archétypes et des valeurs qui les définissent : respect des lois et de l’ordre établi, honorabilité pour Torvald, amour et dévouement pour Nora. Ce sont ces valeurs qui vont être interrogées et dont le sens va être bouleversé avec l’arrivée de Mme Linde et de Krogstadt, deux figures du passé de Nora. Mme Linde est une amie d’enfance, qui vient trouver Nora pour solliciter son aide après une longue séparation. Krogstadt est un avoué peu scrupuleux auquel Nora a emprunté une importante somme d’argent en échange de la signature d’une reconnaissance de dette, ceci afin de sauver la vie de son mari. Krogstadt a aussi été lié à Torvald durant leurs études et son chemin a croisé celui de Mme Linde. Personnages du passé, dans cette mise en scène qui les met en valeur, Krogstadt et Mme Linde incarnent aussi un avenir, certes désenchanté, mais possible. La scène des retrouvailles entre Krogstadt et Mme Linde rejoint, en intensité, celle de la dernière confrontation entre Nora et son mari, au cours de laquelle les mensonges sont révélés et les dernières illusions tombent. A la fin de ce drame, ni Ibsen, ni Stephane Braunschweig n’apportent de réponse aux questions posées.

La cellule aux murs infranchissables s’est transformée en maison de paille, pour le meilleur et pour le pire.


Sophie Stein

Participante à l'atelier de critique théâtrale autour du spectacle "Une maison de poupée" samedi 28 novembre 2009

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