Monter "Une maison de poupée" ne correspond pas à une recherche de la facilité
Monter Maison de poupée ne correspond pas à une recherche de la facilité. Il s’agit d’abord d’agir en fonction de la double attente des spectateurs : mettre en valeur les visées d’Ibsen tout en proposant une ixième Nora.
Comment S. Braunschweig a-t-il répondu aux préoccupations initiales du public tout en le guidant vers la recherche d’un spectacle vivant inédit ?
La vision du monde d’Ibsen en tant que totalitarisme bourgeois semble être évoquée par l’aisance matérielle des achats futiles déballés sur scène. Mais conjointement, la neutralité et l’atemporalité du mobilier et des costumes atténuent la référence sociale.
La composition sobre et complexe du décor, des deux immenses pans de murs eux-mêmes bordés de murets, semble enserrer deux autres thèmes chers à l’auteur : le couple et le statut de la « femme ».
Le fonctionnement par couples structure le déplacement des entrées et des sorties des personnages. D’abord dans un jeu d’ouverture et de fermeture entre la pièce principale et le bureau réduit en arrière plan : successivement le Docteur Rank et Krongstad s’enferment avec Helmer, alors qu’en parallèle le Docteur Rank puis Krongstad parleront avec Nora, seul à seul sur le devant de la scène. Le quiproquo entre un personnage dans le secret et celui qui l’ignore est ainsi à chaque fois souligné par le traitement en deux espaces clos et isolés en un même lieu.
Puis sur l’avant-scène, autour du lit-canapé, des personnages s’animent par paires, en montages parallèles.
On peut noter l’importance du traitement intériorisé et lucide de la scène amoureuse entre Mme Linde et Krogstad. Celle-ci insiste plus sur le paradoxe d’une déclaration ayant pour origine la tension entre deux personnes en concurrence pour le même poste que sur la « surprise de l’amour « entre ces deux personnages. Ces amoureux inattendus soulignent par contraste la vacuité du couple Nora-Helmer, puis l’évolution de Nora de la solitude à une libération (d’abord une Nora seule, enfermée dans un mensonge la mettant en porte à faux. Puis une Nora perdue sans mensonge, mais libérée).
Elisabeth Ortial
participante à l'atelier autour du spectacle "Une maison de poupée" samedi 28 novembre 2009