Se représenter : le nouveau théâtre
Faux prophète, faux médecin : d’entrée de jeu, il sent le douceâtre, le mielleux, l’enveloppant hypocrite. Camelot, bonimenteur patenté avec courbes, chiffres et diagrammes, avec sigle surtout. Le sigle, une garantie de scientificité, une certification de solidité dans un monde où règne la subjectivité, le sigle à trois lettres se révèlera aussi fumeux que les oracles rendus jadis par les prêtresses à trépieds, de Delphes ou d’ailleurs.
Nouveau Tartuffe, victime de son stupéfiant hallucinogène, sera englouti, sera syphonné. Il appartient à l’ancien monde du théâtre.
Dans le nouveau monde, symphonie de représentations emboîtées : projecteurs, caméras vissées au plus près, écrans géants, télévisions obscènes. L’autre imposture est donc là, immense et généralisée : chacun, enjôlé par la Voix de l’obscur, s’enjolive, se masque pour plaire et séduire, pour se représenter devant le public qui l’attend. La campagne électorale le montre : ce n’est plus un peuple qui va voter, mais bien un public, envoûté par ses montres et qui agrée aux bons mots, aux bons verres.
Jusqu’à ce que – vertige et tournoiement- de la salle éclairée surgisse en nous le sentiment d’être devenu ce public voyeur et détestable.
On sort de là étourdi, ébranlé, chancelant : on n’est sûr de rien.
Martine Delrue