VOYAGE AU BOUT DE L’HORREUR ET DE L’AMOUR

Publié le par Théâtre National de la Colline

Le théâtre contemporain est souvent pour le grand public synonyme d’ennui ou trop axé sur le réel. Le théâtre de la Colline voué précisément au répertoire contemporain propose actuellement une pièce passionnante d’un auteur libano-franco-québécois, Wajdi Mouawad, qui saisit le spectateur, le transporte  comme rarement en le faisant témoin d’une quête-enquête.

Quête-enquête sur l’histoire familiale,  sur  la mère, qui s’est faite muette pendant cinq ans, sur le père, absent, sur le frère inconnu. C’est le décès de la mère qui, à travers son testament énigmatique, ouvre la porte vers le passé  C’est alors une remontée dans le temps ; le présent avec les comédiens en blanc, interroge le passé avec ses divers protagonistes, vêtus de noir. Ceux-ci racontent l’histoire ou plutôt des fragments d’une histoire qui constituent autant d’indices pour  cheminer vers la vérité. Elle  dévoile progressivement au gré des rencontres  les horreurs de la guerre jusqu’à l’horreur suprême et en même temps la force de l’amour. Avec des questions fondamentales : comment rompre l’engrenage de la violence, comment mettre fin à la soumission de la femme à un  code sociétal ancestral, comment assumer un  lourd passé familial ? En même temps, l’auteur revisite le mythe d’Œdipe à la lumière de l’actualité récente.

La mise en scène de  Stanislas Nordey est remarquable par l’économie des moyens qu’il met en œuvre. Décor minimaliste, peu d’accessoires, sobriété des costumes, non pas pour des raisons budgétaires  mais pour  faire vivre le texte  et seulement le texte et donc l’histoire. L’horreur n’est jamais montrée ni symbolisée mais seulement contée. L’imaginaire des spectateurs est sans cesse mobilisé et leur attention focalisée sur les comédiens dont le corps est habité. Et qui portent haut et fort ce texte qui nous bouleverse. S’ils sont tous excellents, je voudrais en citer deux : Raoul Fernandez dans le rôle du notaire, à la gestuelle virtuose,  qui nous permet de rire aux éclats et de prendre de la distance par rapport au tragique des situations et Véronique Nordey, la mère alors âgée de soixante ans  à la parole implacable qui témoigne de l’horreur et accuse le bourreau, toute de retenue et d’émotion.
Du grand spectacle qui s’inscrit dans notre panthéon théâtral.                                                                                                                                                                                       


Jean-Pierre POUILHE

participant à l'atelier de critique théâtrale des 25 et 29 octobre 2008 autour d'Incendies de Wajdi Mouawad dans la mise en scène de Stanislas Nordey

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