VOYAGE AU BOUT DE L’HORREUR ET DE L’AMOUR
Le théâtre contemporain est souvent pour le grand public synonyme d’ennui ou trop axé sur le réel. Le théâtre de la Colline voué précisément au répertoire contemporain propose actuellement une pièce passionnante d’un auteur libano-franco-québécois, Wajdi Mouawad, qui saisit le spectateur, le transporte comme rarement en le faisant témoin d’une quête-enquête.
Quête-enquête sur l’histoire familiale, sur la mère, qui s’est faite muette pendant cinq ans, sur le père, absent, sur le frère inconnu. C’est le décès de la mère qui, à travers son testament énigmatique, ouvre la porte vers le passé C’est alors une remontée dans le temps ; le présent avec les comédiens en blanc, interroge le passé avec ses divers protagonistes, vêtus de noir. Ceux-ci racontent l’histoire ou plutôt des fragments d’une histoire qui constituent autant d’indices pour cheminer vers la vérité. Elle dévoile progressivement au gré des rencontres les horreurs de la guerre jusqu’à l’horreur suprême et en même temps la force de l’amour. Avec des questions fondamentales : comment rompre l’engrenage de la violence, comment mettre fin à la soumission de la femme à un code sociétal ancestral, comment assumer un lourd passé familial ? En même temps, l’auteur revisite le mythe d’Œdipe à la lumière de l’actualité récente.
Jean-Pierre POUILHE
participant à l'atelier de critique théâtrale des 25 et 29 octobre 2008 autour d'Incendies de Wajdi Mouawad dans la mise en scène de Stanislas Nordey