Sobre Incendies
Voyage dans le temps et dans l’espace, Incendies, mis en scène par le Français Stanislas Nordey, enflamme la scène du Théâtre de la Colline.

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L’histoire tourne autour d’un silence, celui d’une mère, Nawal, qui, 5 ans plus tôt a cessé de parler, et est morte en emportant avec elle son secret. Pourtant, il y a peu de silence dans Incendies tant le texte est riche et l’histoire tragique.
À la mort de leur mère Nawal, Simon et Jeanne se voient confier une mission : partir à la recherche d’un père qu’ils croyaient mort et d’un frère dont ils ignoraient jusqu’ici l’existence. Cette quête des origines, va les mener vers un long voyage où tous les mondes se rencontrent. Si l’auteur de la pièce, le libano-canadien Wajdi Mouawad a l’habitude de monter lui-même ses pièces, cette fois c’est Stanislas Nordey qui s’en charge avec brio. Cette tragédie familiale contemporaine, il l’éclaire par une mise en scène épurée et d’une sobriété rare.
Sur la scène du théâtre de la Colline, les personnages d’Incendies évoluent dans un décor qui ne signifie pas. On a beau passer d’un bureau de notaire à un lointain désert, le plateau ne change pas et, seul le texte proféré porte les paysages. Le décor fait de quelques accessoires se détachant d’une scène blanchie à la chaux, laisse toute sa place à l’imagination. Dans l’espace scénique, seul le temps est signifié par cette cloche qui résonne à chaque changement de scène. Le temps, on le retrouve aussi dans la simplicité des costumes: du blanc pour les personnages du présent, du noir pour ceux venus du passé. Des personnages monochromes pour une scène monochrome, entre le noir et le blanc, le présent et le passé, comme l’est la pièce elle-même, où vivants et morts se côtoient sans vraiment se rencontrer. Sans se déranger non plus. Dans ce paysage, le spectateur devient lui aussi un personnage.
Car c’est avec lui et non entre eux que les personnages semblent dialoguer. Les acteurs toujours sur le devant de la scène font rebondir les mots dans la salle pour communiquer : un jeu de paroles en triangle exaltant tant les mots de Mouawad nous transpercent. Statique avec des acteurs constamment face au public, le jeu en énervera certains à force de sans cesse solliciter l’attention du spectateur. Et cela presque jusqu’à l’enfermer dans l’histoire. Si la mimésis n’existe pas dans la mise en scène contemporaine de Stanislas Nordey, l’histoire et le jeu ne se privent pourtant pas de piéger le spectateur qui ne peut plus détourner le regard des horreurs qu’on lui déclame. On ne ressort pas indemne de cet enfermement tant la profération des mots, jusqu’à les hacher parfois, rend toute sa puissance à un texte initial incomparable.
Fabienne BRUERE
Etudiante en Master 1 Journalisme au CELSA - Ecole des Hautes Etudes en Sciences de l'Information et de la Communication de l'Université Paris IV