Quelque part en Afrique

Publié le par La Colline

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© Elisabeth Carecchio


Une rampe qui surplombe, un hangar qui s’enfonce… Tel est le dépouillement, la simili-brousse dans lesquels nous plonge Thaleimer pour sa mise en scène de "Combat de nègre et de chiens" de Bernard Marie Koltès.

En avant scène, « Horn » nous fait patienter quelques minutes avant de commencer : difficile silence qui annonce la dureté de ce qui va suivre.

Nous sommes ici « quelque part en Afrique » sur un chantier dans lequel trois blancs, les « chiens » du combat sont face à Alboury, le nègre. Ce dernier, interprété par un chœur de dix comédiens est juché en hauteur, caché derrière un arbre fictif : il vient réclamer le corps de son frère,  mort sur le chantier : l’individualité occidentale aux prises avec le clan africain. Ce personnage démultiplié symbolise la peur de ceux en contrebas : Horn le chef de chantier, Cal son  adjoint meurtrier et Léone jeune femme fraîchement débarquée de Paris. Tout trois nous révèlent et nous livrent une folie vers laquelle des vies vidées de leur sens, des vies perdues les ont poussés.

Le texte âprement poétique est superbement porté par l’ensemble des comédiens. Le jeu saccadé, presque à l’excès, de Stephan Konarske  nous fait saisir la violence qui l’habite et l’anime ; les mots résonnent dans sa bouche avec une grande férocité.

Bien que Koltès s’en défende, la pièce semble néanmoins traiter de l’Afrique et du colonialisme. Thaleimer ne laisse pas de place à la compassion que pourrait nous inspirer le sort des protagonistes blancs. Ici, les meurtres sont maquillés en accidents, tout se négocie à la bouteille, rien ne vaut une poignée de billets.

Malgré tout, l’Afrique est envoûtante. Elle charme Léone au point la pousser à se « négrifier » en se grimant le visage.

Finalement, le « fatum » reprend le dessus, la tragédie est inéluctable. Les didascalies de fin scandés par le chœur sont un crescendo de murmures inquiétants qui nous mènent jusqu’au terme : le bouquet final !

 

 

Laurence Srour

participante à l'atelier du samedi 12 juin 2010

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