Vivre sans emploi mais en famille

Publié le par La Colline

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© Elisabeth Carecchio

 

Vivre sans emploi mais en famille, tel est le propos du spectacle « Ciseaux, papier, caillou » , actuellement proposé au théâtre de la Colline, à Paris.

 

L'auteur Daniel Keene évoque la lutte d'apparence tranquille, d'un homme qui privé d'emploi, a perdu son utilité sociale et tente  de se recréer un rôle, une identité sociale mais surtout de trouver un nouveau sens au cours de la vie.

 

Le monde dans lequel il se débat, est présenté tour à la fois de façon concrète et poétique, à la fois changeant et axé autour d'un pivot fédérateur : la famille.

 

En conséquence, les personnages interprétés de façon très juste par les comédiens, baignent dans une atmosphère étrange, ouatée et pénétrante qui les absorbe.

 

Dans cette ambiance douce, le drame est latent et l'incident tragique imminent, mais sans jamais advenir, évité de justesse par la grâce de l'amour bienveillant qui unit les personnages.  

 

Ce qui contribue à laisser le spectateur sur sa fin, plein de perplexité sur le sens du message délivré.  

 

Une mention spéciale doit être octroyée au Théatre de la Colline pour organiser autour du spectacle des rencontres du public, avec les acteurs et le metteur en scène Daniel Jeanneteau qui exposent avec beaucoup de passion leur compréhension de la pièce. L'auteur lui-même participe avec beaucoup de modestie, à ces échanges. 

 

Isabelle Place

participante à l'atelier de critique théâtrale du mercredi 19 mai 2010

 

 

 

Le drame d’un homme
 

« Ciseaux, papier, caillou » de l’auteur australien Daniel Keene, traduit

par Séverine Magois. Une mise en scène de Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma, présentée à la Colline. La pièce est interprétée par quatre comédiens, Carlo Brandt (Kevin), Marie-Paule Laval (sa femme), Camille Pélicier-Brouet (sa fille Kate), Philippe Smith (l’ami), plus la chienne (Catimini).

 

Dans ce décor « cinématographique » entre « ombres » et « lumières », le plateau présente deux espaces scéniques séparées par un bandeau translucide. Kevin, l’ancien tailleur de pierre au chômage, déambule  comme un mort-vivant. Les scènes fortes sont jouées en avant scène et les scènes intimes en arrière-plan. La scénographie montre l’univers chaotique dans lequel Kevin plonge : son inactivité et la remise en cause du sens de la vie.

Kevin, l’artiste a-ti-il assez de force pour vivre ?

 

Kevin cherche de l’attention auprès de sa femme et de sa fille. Elles ne le comprennent pas, il se lamente. Sa chienne et son ami sont les seuls à l’écouter. Les déplacements lents des comédiens apportent de l’émotion et de la sensibilité dans ce drame. Les comédiens, peu expressifs, jouent immobiles. Les mouvements du corps sont inexistants. Dans ce choix scénographique pauvre en décor, la faiblesse des voix des comédiens créée une atmosphère d’intimité. Le choix de la lumière bleue et blanche apporte une dimension intemporelle à chaque scène. Carlo Brandt par sa forte présence physique, occupe tout l’espace.  La pièce repose essentiellement sur lui.

 

Comment se retrouver quand tout vous échappe ? Comment exister quand on n’est plus porté par un groupe ? L’ancien tailleur de pierre, a-t-il assez de volonté pour reconstruire son cadre ? Kevin a-t-il envie de vivre ou de se laisser aller vers la mort ? La symbolique de la « Madone » amène une dimension quasi religieuse. L’indécision de Kevin trouble le spectateur. Les scènes d’église pèsent et alourdissent la scène avec le changement de lumière de bleu au noir. La scène finale montrant Kevin avec sa femme et sa fille, apporte une lueur d’espoir.

 

Au-delà de la dimension tragique il y a une véritable problématique philosophique. L’humain est-il capable de survivre hors du groupe ?

Belle leçon de survie que nous délivre cette mise en scène. L’Homme peut redevenir plus que cela : être lui-même tout simplement !

 

Dilène VALMAR

participante à l'atelier de critique théâtrale du mercredi 19 mai 2010

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