Gênes, théâtre d’une tragédie moderne

Publié le par Théâtre National de la Colline

Raconter un évènement auquel on n’a pas assisté. Le déconstruire pour mieux le reconstruire et le rendre intelligible. Vaste défi auquel s’est attelé le jeune, très jeune, dramaturge italien Fausto Paravidino dans sa pièce Gênes 01, dont l’adaptation est à voir jusqu’au 6 décembre au théâtre de la Colline à Paris.

Lui n’était pas à Gênes lors du sommet du G8 en 2001. Il a donc eu recours au récit médiatique pour se faire une idée des manifestations altermondialistes qui ont accompagné le sommet. Dans quelle mesure le récit coordonné par les médias est-il fiable ? Dans quelle mesure les images rendent-elles compte de la réalité ? Ces questions, l’auteur, relayé par une mise en scène mettant en avant la problématique de la désinformation, les soumet au spectateur sans chercher à y répondre. Combler un manque d’informations tout en semant le doute dans les esprits, voilà sans doute l’objectif premier de Fausto Paravidino.

Pour ce faire, il en appelle au genre noble par excellence : la tragédie. De la tragédie antique on retrouve la lente progression vers l’inéluctable. « On a eu LE mort », dit ainsi un policier.

 De la tragédie classique, on retrouve la règle des trois unités, temps, lieu et action, à laquelle Paravidino jamais ne déroge. Vingt-quatre heures dans une ville de Gênes aux contours délimités pour les besoins du G8. Vingt-quatre heures au cours desquelles le drame va survenir. De ce drame pourtant, on ne verra rien car, et c’est là encore une règle phare du théâtre classique, la décence veut qu’on ne montre pas la mort sur scène. Néanmoins elle reste omniprésente puisque c’est elle le véritable sujet de la pièce.

Par un discours polyphonique dans lequel les personnes ne sont jamais identifiées, Paravidino multiplie les points de vue, comme autant de façons de rendre compte de la mort de cet altermondialiste, écrasé par une voiture. On touche ici à une autre dimension majeure de Gênes 01 : tragédie oui, mais tragédie moderne par sa proximité avec le genre documentaire.

 Un exposé détaillé des faits servi par une écriture dépouillée à l’extrême. Voilà une manière brutale mais efficace d’obliger le spectateur à regarder en face une tragédie bien de son temps.

 

Juliette Charbonneaux
Etudiante au CELSA - Ecole des Hautes Etudes en Sciences de l'Information et de la Communication de l'Université Paris IV - Master 1Information et Communication Spécialité Journalisme


Consigne appliquée : la force du texte

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article