La Vénus à la fourrure
« La vénus à la fourrure » de Sacher-Masoch, mise en scène par Christine Letailleur au Théâtre de la Colline aborde un sujet intéressant et peu traité : le masochisme amoureux, autrement dit, les rapports de pouvoir : dominant/dominé dans le couple. Ce texte a été écrit au XIXe siècle mais « interroge » encore.
La méthode utilisée pour le traiter, est une distanciation entre les acteurs, qui disent, ou jouent leur texte, sans réagir, et sans jouer les uns par rapports aux autres, ainsi, chaque comédien est relié à la metteuse en scène. En plus, Andrzej Deskur, qui joue Séverin, a été choisi par Christine Letailleur, pour son accent étrangé très prononcé, de ce faite la distance entre Séverin et le spectateur augmente à cause de la difficulté de compréhension : le spectateur peut être agacé et le trouver peu sympathique. Alors, s’il souffre, inconsciemment on peut trouver cela normal, puisqu’il nous fait souffrir.
On ne raconte donc pas une histoire incarnée, comme dans le roman initial de Sacher-Masoch, puisqu’il s’agit d’une adaptation scénique de « la vénus à la fourrure », qui d’autre part est traité avec un grand soucis d’esthétisme : lumières qui sculptent les acteurs nus par exemple.
On se pose à la fin des questions sur qui détient le pouvoir entre Séverin (qui incarnerait Sacher-Masoch) et Wanda (jouée par Valérie Lang) celle qui fait souffrir Séverin à sa demande, allant jusqu’à le mépriser et à l’abandonner. Séverin jouissant de toutes ces souffrances, même les plus extrêmes.
On a envie d’en savoir d’avantage sur l’auteur et ses écrits, avec toutefois une réserve sur « cette distanciation » que Christine Letailleur justifie par la volonté de laisser le spectateur fantasmer librement pendant le spectacle, mais, cet esprit de tolérance n’atteint pas son but, si le spectateur ignorant, peu informé, ne fantasme pas, alors il est perdu, il s’ennuie, jusqu’au moment où il voit où on veut en venir : là intellectuellement, il est satisfait, car il a de quoi réfléchir : qu’aurait-il fait dans une telle situation et pourquoi ? Mais au niveau émotionnel, sentimental, il est déçu par une froideur due à la distanciation, alors qu’il s’agit de violence, de passion, de calculs amoureux.
Martine Tilly
participante à l'atelier de critique théâtrale des 30 janvier et 4 février 2009 autour de La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher Masoch dans la mise en scène de Christine Letailleur