EGOTRIP

Publié le par Théâtre National de la Colline

 












© Hervé Bellamy

 
Actuellement au théâtre de la Colline se joue Sans Faim et Sans Faim 2, diptyque fleuve de Hubert Colas aux allures de psychanalyse en live.


Si vous poussez la porte du théâtre de la Colline avant le 19 avril, vous tomberez sur : un couple « qui se porte bien », deux enfants « qui se portent bien » et un chien « qui se porte bien ». Tous semblent mener une existence sans remous dans une maison à leur image.

 Mais sous l’épaisse couche de vernis, les non-dits grondent sourdement. Pour les faire émerger, pas de divan, pas de docteur-psychanalyste mutique qui se contenterait de ponctuer chaque révélation de son patient d’un « Hum, hum…continuez… », mais des jumeaux mimétiques, comme tombés du ciel, trop souriants et trop mécaniques pour être humains. L’irruption de ces « étrangers » dans la cellule familiale sclérosée fait sourire d’abord pour inquiéter, très vite. Car ce duo semble prendre un malin plaisir à titiller l’inconscient des personnages, à déconstruire l’équilibre apparent pour aller poser le doigt_ ou le pistolet_ exactement là où ça fait mal, très mal.

Cet accouchement psychanalytique s’opère d’abord insidieusement, par des questions plus que dérangeantes : « Avez-vous déjà pensé à tuer votre femme ? » demande ainsi un des deux perturbateurs. Puis, du stade du simple questionnement, on passe rapidement à la réalisation proprement dite des pulsions trop longtemps refoulées. Sans Faim s’achèvera donc par le meurtre de la mère, moment freudien incontournable. Avec Sans Faim 2, le spectateur assiste à une heure et demi de passage à l’acte en direct. Les membres de la famille, toujours manipulés par nos robots-marionnettistes, vont tour à tour expérimenter inceste, tromperie, meurtre… Bref, tous les travers de notre société très (trop ?) normée.

D’un coup, cette famille qui vivait « sans faim », dans la non-communication, dans le non-dévoilement de soi, va être emportée dans un tourbillon onirique dont elle ne ressortira pas indemne.Le spectateur, à qui Hubert Colas avait confié le rôle apparemment tranquille d’entomologiste vissé derrière son microscope, non plus. Emballé ou énervé par cette vaste mise en scène du rapport intime à la famille, il repartira à coup sûr troublé et sans doute rassuré quant à ses propres névroses.


Juliette Charbonneaux
Etudiante au CELSA - Ecole des Hautes Etudes en Sciences de l'Information et de la Communication de l'Université Paris IV


article rédigé sous l'angle psychanalytique

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