L’hôtel du libre-échangisme
© ArtcomArt/Pascal Victor
Alain Françon joue la carte de la sobriété avec l’Hôtel du libre-échange de Feydeau. La folie douce de la pièce n’en est que plus jubilatoire.
17 ans après La dame de chez Maxim, Alain Françon retrouve Clovis Cornillac chez Feydeau. A l’hôtel du libre-échange en l’occurrence.
L’Hôtel du libre-échange, c’est le vaudeville du dramaturge français qui semble enfin retrouver ses titres de noblesse avec pas moins de deux mois de programmation au Théâtre de la Colline à Paris. « L’Hôtel du libre-échange, 220, rue de Provence ! Recommandé aux gens mariés…ensemble ou séparément… », c’est également le lieu où, en une nuit, vont se rejoindre, se croiser, s’éviter, se fuire des personnages pressés de réaliser leurs fantasmes.
M. Pinglet, interprété par Clovis Cornillac, désireux de s’émanciper de l’autorité trop maternelle d’une épouse plus âgée, y entraîne l’objet de sa convoitise. Lequel objet n’est autre que Mme Paillardin, la femme de son meilleur ami, en mal de « respect » conjugal. M. Pinglet considère donc qu’il relève de son « devoir » et de sa compétence de combler ce manque, lui qui se définit comme « un volcan sans cratère ». Ces pulsions, conscientes ou inconscientes n’obsèdent pas le seul Pinglet, par ailleurs plutôt satisfait de se faire impunément sodomiser par un vilebrequin. La bonne, Victoire, en nymphomane qui ne songe qu’à dépuceler le jeune neveu de son patron, n’est pas en reste.
Moteur implacable, conférant à chacun une énergie bestiale, les pulsions font fi de la morale et des conventions bourgeoises de l’époque. Elles débouchent sur un gigantesque imbroglio dans lequel chaque détail conserve son importance.
Pour laisser s’exprimer les névroses et la démesure de ces 16 personnages en quête d’eux-mêmes, la sobriété s’imposait. Alain Françon l’a bien compris. Décor très (trop ?) neutre donc_ une table d’architecte et un divan sur lequel on les coucherait bien tous pour une séance d’analyse méritée_ et surtout une mise en scène efficace par son dépouillement. Volontairement mise en retrait par rapport à la brillante mécanique de Feydeau, elle ne rend que plus savoureuses les répliques qui s’enchaînent deux heures durant comme autant de balles de ping-pong.
Au final, difficile de dire qui a gagné la partie. Peut-être le spectateur qui, soulagé se sentir normal, s’en retourne chez lui sourire aux lèvres.
Juliette Charbonneaux
Etudiante au CELSA - Ecole des Hautes Etudes en Sciences de l'Information et de la Communication de l'Université Paris IV
Master 1Information et Communication Spécialité Journalisme
Consigne appliquée : l'aspect psychanalytique et les penchants sexuels des personnages.