Lulu, celle qui a vieilli trop tôt

Publié le par La Colline

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© E. Carecchio

StephaneBraunschweig met en scène, au théâtre de La Colline, Lulu de Wedekind tirée de L’esprit de la terre et de La boîte de Pandora. A l’époque censurée, StephaneBraunschweig a choisi de se servir de la version la plus brute d’un auteur dont l’étrangeté dérange. Histoire d’un être piégé par la monstruosité de la vie dès son plus jeune âge qui va plonger le spectateur dans sa chute tragique. Pièce où le fantasme implose, où le vice grouille et où les êtres s’affolent. Spectacle sulfureux et cirque érotique qui interroge les apparences. Ce texte qui décrit des mœurs s’opposant à la société de la fin du 19ème siècle semble raisonner dans notre monde actuel.

 

Lulu (Chloé Réjon, Nora dans la précédente pièce de Brauschweig, La maison de poupée d’Ibsen), enfant de la rue, abusée par son père adoptif qui l’a faisait se prostituer, va virevolter  dans une société bourgeoise, mondaine et artistique, de mari en mari, ceux là ne survivant pas à cette foudroyante femme.

 

Braunschweig, fidèle à Wedekind, fait de Lulu, un personnage multiple, paradoxal et mystérieux. Femme fatale et candide à la fois, fantasmée et fantasmant, bourreau et victime, légère et fragile, Lulu attise les désirs et les passions des hommes. Chacun la renomme, la modèle, la décompose. Que ce soit le docteur Goll, vieille homme la prenant sous son aile, le portraitiste Schwarz, jeune puceau fou d’amour pour Lulu, Ludwig Schön ou la comtesse Marta vonGeschwitz ; tous ne vont pas résister à cette boîte de Pandore, à cette femme qui a tout les dons et qui en même temps est le don de chacun. Wedekind a déliré ce personnage central en l’écrivant et le spectateur ne peut que constater le pouvoir sans limites de Lulu. Pour autant c’est bien aussi de la domination de l’homme qu’il est question dans cette pièce. C’est l’histoire d’une héroïne emprisonnée qui oscille entre libération  et aliénation voyant à chaque fois ses maris mourir.

 

Braunschweig signe toujours les scénographies. Ici, il utilise le procédé de la tournette qui met en exergue différents univers, différentes étapes de la vie de Lulu, chaque décor correspondant à un homme. Procédé visuel qui appuie l’idée que Lulu s’échappe perpétuellement pour se retrouver à chaque fois emprisonnée. Par ailleurs cette tournette est bien à l’image de la structure narrative de la pièce, la circularité de l’histoire, Lulu achevant sa vie par une boucle qui se referme sur le commencement de sa vie, se retrouvant au final avec son père adoptif à devoir faire le trottoir. Jeux de miroirs où les êtres apparaissent multiples, importance des éléments rouges rappelant inévitablement le sexe imprégné et le sang qui coule. Et cette toile de Lulu qui prône tout le long de la pièce, portrait qui insiste sur l’être de chair qu’on fait d’elle.

 

Voyage dans la vie noire de Lulu qui après être passé par Vienne, Paris, finit ses jours à Londres où un certain Jack va lui arracher ce qui la constitue, son sexe. Si la mise en scène est coupé au cordeau, est elle trop sage ou bien alors suffit-elle largement à une histoire trash qui fait « frémir le spectateur », premier désir de Wedekind.

 

Clara Rosenfeld


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