A propos de « Laissez-moi seule »
C’est une pièce qui parle de Lady Di, ou plutôt de l’influence qu’a pu avoir Lady Di sur son entourage (son amie, le policier Toni Hugo), ou seulement sur ceux qui l’ont croisée (même à l’état de cadavre, elle suscite des vocations artistiques !). Le personnage se dissout donc dans les fantasmes (sur soi ou sur elle) qu’il suscite. D’ailleurs, elle-même change d’aspect, et même de sexe lors d’une scène mémorable où un homme déguisé en princesse gravit un grand escalier pour en dégringoler quatre fois de suite.
Lady Di est-elle un mythe contemporain ? est-il possible de faire la part de la femme réelle et de la fiction nourrie par l’imaginaire et les intérêts de chacun ? Une des scènes les plus réussies est peut-être le trio des fleuristes qui exécute un numéro de comédie musicale à propos des obsèques de la princesse, qui va les rendre riches.
La pièce est malheureusement aussi ennuyeuse que le sujet est prometteur. Servi pourtant par de très bons acteurs, le texte semble vieux. Semble car, en fait, surtout au début de la pièce, il est inintelligible. Débité trop rapidement, parasité par trop de déplacements, desservi par un manque d’exposition ? On peine à identifier les situations et très vite, par manque de tension dramatique, d’enjeu bien défini, on se détache et on s’ennuie. On perçoit bien qu’il s’agit d’une comédie (la scène de l’escalier pourrait être hilarante) mais faute de sens, et par lassitude aussi, on refuse de comprendre un texte qui, de toute évidence, ne passe pas.Les acteurs se perdent dans un décor immense, les scènes se succèdent plus comme une série de sketches qu’intégrés dans une progression dramatique, les personnages sont trop mis à distance pour être émouvants (mais cherchent-ils à l’être ?) ou pour être des supports à l’identification, le texte ne franchit pas la rampe… comment dès lors entrer dans la pièce ?
Marilène Quéré
participante à l'atelier de critique théâtrale du 13 juin 2009 autour de Laissez-moi seule Let me alone, texte et mise en scène de Bruno Bayen.