LAISSEZ MOI SEULE
Pas simple de rendre compte de la pièce de Bruno BAYEN, tellement cette odyssée se décline, à partir d' un récit trés "ecrit" et foisonnant, à la fois comme une pièce de théâtre, mais aussi comme un conte, un opéra , un poéme épique mis en scène , dans lequel le temps et l'espace sont traités
d'une façon qui rappelle le théâtre ancien tout en étant résolument contemporain.
De quoi s'agit-il? en somme : de l'histoire d'une vie volée, (de la vie de chacun de nous peut-être), d'une sorte de sacrifice, qui ressemble aussi à un jeu d'enfant. Histoire de quelqu'un qui n'a pas trouvé un chemin au milieu de toute cette agitation : ça parle, ça s'agite, les informations, comme les regards, viennent de toute part.........
Quel modèle suivre, qui écouter, partir, rester, revenir, marcher....rester assis, regarder, tomber, rester debout ?
Comment trouver une place digne de ce nom dans le monde quand on n'a pas d'ancêtre (ni Barbara CARTLAND ni JUNG font l'affaire) : qui sommes nous? des hommes, des femmes , des artistes , des citoyens, des marionnettes, des héros..... la liste est longue des images et des leurres dans lequels on peut se perdre......
Ce spectacle est une création au sens fort du mot, création collective : le texte d'un auteur mis en scène, interprété et dit par des comédiens qui ne savent pas forcément ce qu'ils racontent , mais qui réussissent à faire surgir des images autres que celles qui sont sur scène.
Spectacle difficile à suivre donc tant il demande une participation active du spectateur, à la fois très sollicité et aussi tout seul, comme le demande le personnage dans le titre de la pièce.
Contemporain aussi au sens où il parle de comment on vit aujourd'hui ou en tout cas de comment on essaye de composer avec la Grande Histoire et les petites histoires de chacun, les uns les autres, les avancées, les refus,
les évidences, les aveuglements.
Difficile de se reconnaître dans le miroir où une autre image se dessine, celle de l'auteur qui compose une oeuvre avec son équipe et ses acteurs et pourtant cela arrive à nous parler de nous, de la "sociéte-spectacle", de la
modernité (c'est quoi au juste?), d' un monde en mouvement dont le théâtre essaye de donner une image acceptable et indicible à la fois.
Le texte de la pièce, qui évoque un fait divers qui a fait la une et qui garde pourtant toute son énigme , à la fois familier et chargé d'inquiétante étrangété est servi par une distribution royale, capable de transformer une histoire qui a
l'allure d' un roman de gare en roman familial où "Diana" devient une sorte de "Berenice" moderne.
Comme devant une oeuvre contemporaine : installation, peinture ou autre, oeuvre en mouvement et non pas oeuvre consacreé, restons curieux et attentifs : donnons une chance à ce que cet auteur essaye de nous raconter : ce n'est pas forcement nul ou dangereux, tout juste difficile à saisir parfois , voir indécent, amusant aussi, c'est selon.
Ce texte, entre passé et futur, monté en 2009 par ces gens là, a probablement un bel avenir.
DANIELA VENTURINI VINCENT
participante à l'atelier de critique théâtrale du 13 juin 2009 autour de Laissez-moi seule Let me alone, texte et mise en scène de Bruno Bayen.